Petite histoire de ma scolarité...

Née en 1987 d'une mère française et d'un père américain, la première moitié de ma scolarité se déroule à merveille dans une petite école internationale, où j'ai la chance de côtoyer des enfants et adultes de toutes les cultures, dans un véritable esprit de tolérance et de gentillesse. Les enseignants font preuve de bienveillance, les programmes sont variés et personnalisés pour palier aux multiples cultures et langues des élèves, le cadre est verdoyant, les effectifs petits. Professeurs, parents, enfants et anciens élèves aiment véritablement l'école et s'investissent tout au long de l’année pour rendre l’école, vieille de cent ans, toujours plus vivantes. Je m’épanouis dans cette communauté ultra-dynamique où l'accent est mis sur les activités culturelles, artistiques, caritatives et sportives, autant que sur les matières académiques. Jusqu'à mes 11 ans, pour moi, l'école c'est ça.  Je ne réalise pas à quel point je suis privilégiée.

A mon entrée en 5e c'est le désenchantement absolu. Moi qui n'avais pas conscience d'avoir été particulier ment choyée dans ma petite école primaire, je change d’établissement pour me retrouver dans une école privée sous-contrat, qui n'a rien d'inhabituel, si ce n'est que les cours sont en partie dispensés en anglais et que la politique élitiste de la direction fait que les mauvais élèves sont rapidement écartés pour ne pas ternir la bonne réputation de l’établissement.  Dès les premières semaines je baigne dans une incompréhension totale: comment les gens peuvent-ils être aussi jugeant et méchants les uns envers les autres ? Et comment peut-on prendre aussi peu soin du lieu dans lequel enfants et adolescents sont obligés de passer le plus clair de leur temps?! Qui aurait envie de venir ici par choix? Comme bon nombre d’établissements scolaires, le cadre porte déjà atteinte à la sensibilité: tout y est austère, laid, bruyant, malodorant, confiné, inconfortable. Les sols sont gris, les tables collent, les fenêtres sont sciemment placées si haut qu'on ne peut voir à travers. Et pourtant, je me trouve dans un des « meilleurs établissement de Paris »… ça en dit long sur les autres collèges.. Le bien-être émotionnel est également totalement occulté dans cette environnement déjà peu propice à l’épanouissement. Pour couronner le tout, les professeurs s'emploient méticuleusement à nous extraire le peu de créativité et de candeur qui nous restent, pour les remplacer par l'esprit de compétition et la peur panique de l’échec scolaire. Je suis sidérée par l’absence d’écoute et de bienveillance de la part des adultes, et de la violence ordinaire qui est de mise entre tous les membres de l’établissement. Le harcèlement est passé sous silence, les plus forts font la loi et les professeurs usent d’autorité et de sanctions pour se faire (tant bien que mal) respecter. Pour l’enfant hyper-sensible et hyper-active que je suis le climat devient vite étouffant. Je me referme comme une huître ! Ne voyant pas de solution fiable pour m’échapper de rocher hostile, mais n'étant pour autant pas résolue à obtempérer aux diktats de la réussite académique, je prends mon mal en patience, pendant six ans. J'apprends à faire le minimum pour avoir de bons résultats dans l'ensemble, car je comprends que c’est le prix à payer pour ne pas éveiller les soupçons du corps enseignants, et pour que l’on me laisse tranquille. . Je suis une bonne élève, autant qu’une frondeuse silencieuse. Infailliblement, de trimestre en trimestre, j’hérite du commentaire suivant « Ne participe pas assez en classe ! » Je me suis toujours étonnée que personne ne se soit demandé pourquoi. Je trouvais qu’ils devaient déjà s’estimer heureux que je prenne la peine de me déplacer tous les matins, pour une prestation aussi médiocre!

Je devins très frustrée par ce que l'on nous imposait car j'avais bien conscience que le contenu des programmes serait bien plus vite assimilé dans un cadre plus clément et j’avais le sentiment que l’on me volait mon temps – pourtant si précieux. J’étais également choquée par le nombre de « mauvais élèves » exclus ou renvoyés, et par les troubles de l’anxiété que développaient bon nombre de mes camarades. La confiance en soi, et l’empathie – deux qualités essentielles à mes yeux, étaient plus que négligées. Par dessus tout, je réalisais que malgré tous les efforts pour nous faire croire que notre avenir dépendait de notre capacité à décrocher d'excellents résultats académiques, tout cela était d'une insondable hypocrisie. Et pendant tout ce temps j’avais la sensation terrible d’être en train de passer à coté de moi-même.

Mais comme il y a du bon dans toute situation, pour passer le temps plus vite, je mis toute ma révolte et mon ennui à profit pour imaginer une école dans laquelle les élèves auraient envie de se rendre de leur plein gré. En fin de Terminale, après six ans de réflexions et le Bac en poche, je savais exactement ce que j’allais « faire plus tard »! Quelle aubaine !

Un an plus tard, en 2006... me voila partie en Angleterre pour passer une licence en Sciences de l’Éducation. Je prévois d’y rester trois ans.. Je ne reviens qu’une petite décennie plus tard. La-bas, je me spécialise très vite dans les approches dites "alternatives" au système scolaire classique.. Neill, Rogers, Krishnamurti, Holt, Froebel, Steiner, Montessori sont mes modèles.

Ma licence obtenue, je fais un bref détour par The Institute of Education de Londres, pour y passer une formation de professeur des écoles. Je souhaite « infiltrer le système de l’intérieur ». Mais à mi-parcours, je renonce à ce cursus que je juge comment étant irrévocablement autoritaire, conformiste, inégalitaire, arbitraire et productiviste.

La synchronicité faisant bien les choses, je rencontre peu de temps après un couple de parents et une éducatrice qui ont pour rêve de fonder une école démocratique. Celle-ci s'apparente à Summerhill et Sudbury, tout en cultivant sa propre identité forte.

Je me joins de suite à l'équipe et petit à petit, élève par élève, nous fondons  "Family School" - école libre, installée dans un ancien pub, au cœur de Londres. Je passe trois années mémorables dans cette école ; j'y apprends tous les fondamentaux. Pas de programme, pas de notes, pas de salle de classe, pas de devoirs, pas de récompenses, ni de punitions. Tous les codes de l’école conventionnelle sont casés. Pédagogie positive, communication non-violente, liberté d’expression. Le développement des enfants est considéré dans son ensemble ; et chacun(e) évolue à son rythme. Les formes d’intelligences sont multiples et ne sont pas hiérarchisées, ce qui permet à chaque enfant de se révéler et de développer son estime de soi. Nous accueillons les enfants de 4 à 10 ans, en une classe unique, avec trois éducateurs, des stagiaires venus des quatre coins du monde et des parents très impliqués. Chaque membre de la communauté – enfant comme adulte - à une voix égale aux autres. Les décisions sont prises en groupe (ce qui se révèle être parfois très fastidieux et résulte en des situations parfois cocasses!), et les conflits sont gérés avec empathie et diplomatie. Les règles de savoir-vivre sont fixées par les enfants et les adultes, et évoluent au gré des besoins du groupe. Les enfants s’épanouissent dans un cadre souple mais sécure et apprennent à poser eux-mêmes des limites. La motivation intrinsèque est notre crédo. Et « La liberté, pas l’anarchie », comme le répétait A.S. Neill.

En 2013, nous fondons une deuxième école dans le sud de Londres. La philosophie reste la même qu’a Family School, mais cette fois-ci, l’établissement se veut être un lieu de vie, hybride entre l'école et la maison, et plus ancré dans la communauté locale. L'approche est davantage expérimentale. Nous obtenons le statut d'école indépendante, mais nos locaux sont dans l'enceinte d'un centre de loisirs de quartier, au cœur du parc publique de Peckham Rye. En plus de nos élèves, nous ouvrons l’établissement aux familles inscrites en IEF et accueillons des enfants des écoles publiques en décrochage scolaire.

C’est à cette période que je décide d’entreprendre deux nouvelles formations, en parallèle de mon travail à Small Acres. Tout d’abord la formation Forest School, qui m’attire tout particulièrement après plusieurs années à enseigner dans un milieu très urbain. Je veux me rapprocher de la nature qui m’est si chère et qui me manque, et surtout permettre aux enfants de cultiver leur propre lien à elle. Cette formation est un bol d’oxygène !

Ensuite, la formation Montessori que j’entreprends alors que j’ai déjà le souhait de revenir en France pour fonder une école. Je retrouve dans la philosophie de Montesorri, beaucoup de similitudes avec ma façon d’aborder les enfants et l’éducation. Ses principes résonnent en moi. J’aime que ses théories soient si précises et limpides et soient combinées à une méthodologie très concrète. L’importance de l’environnement favorable, les étapes du développement, les matériaux, la chronologie des enseignements, la préparation spirituelle de l’enseignant… Ces enseignements apportent de la structure, du cadre et de la profondeur à ma propre approche.

Suite à cette formation de eux ans, je travaille pendant un an dans une école Montessori très réputée à Londres. J’y apprends énormément, mais j’y découvre aussi les limites de cette « méthode » ; lorsque les aspects « pratiques » sont appliqués sans que les principes fondamentaux soient réellement compris.

Mes collègues, bien que pétries de bonnes intentions, leurs manquaient selon moi de naturel et d’authenticité dans leur rapport aux enfants. Les adultes étaient bien trop souvent dans l’incapacité de faire confiance aux enfants, de peur de perdre le contrôle. Malheureusement, je réalisais que ce phénomène était très répandu dans beaucoup d’écoles Montessori. Dans un pays où les écoles privées sont des entreprises très lucratives, bien souvent la méthodologie de Maria Montessori est mise en avant comme un argument de vente élitiste auprès des familles, quitte à compromettre la liberté des enfants pour satisfaire les parents. A l’époque ce constat m’a beaucoup déstabilisé. Pour autant, je trouvais cette approche pédagogique extrêmement riche et complète. J’ai donc poursuivi ma formation jusqu’à pouvoir enseigner à d’autres élèves enseignant au sein de mon institut de formation. Et j’ai toujours gardé en tête que l’on peut mettre en pratique les principes de Montessori, sans avoir recours au fameux « matériel Montessori ». L’inverse, en revanche, n’est pas vrai. Depuis le temps que j’observe cette philosophie redevenir à la mode jusqu’à se répandre dans les rayons de jouets des magasins, je constate que bien souvent la rigueur à laquelle Montessori appelait ses élèves-enseignants, se transforme en rigidité vis-a-vis des enfants, que l’émotionnel et le sensoriel sont mis de coté au profit du développement cognitif, que la créativité et la curiosité ne sont pas suffisamment encouragées et que le matériel est employé pour «faire apprendre plus vite». A l’opposé de ce que prônait Montessori.
 

De retour en France en 2015, je prends le temps de faire le point sur toutes ces expériences et ces constats. Et après plusieurs mois de réflexion, je crée les ateliers NaturePlay, petit projet pilote pour un enseignement libre, respectueux de l’enfant, dans lequel j’essaye de mettre à profit tous les enseignements que j’ai tiré de mes dix années de carrière au service des enfants.

Comme les enfants, et comme moi, NaturePlay grandit un peu plus chaque jour. Et je remercie tous les parents et enfants qui me font confiance depuis le début et qui me permettent de vivre ma passion de l’éducation, au quotidien, dans un monde en constante évolution.

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